Un week-end à Paris avec Laura Bailey

Fût un temps, Paris me semblait maudite. J’avais rompu deux fois avec le même petit ami sous les ombres trop parfaites du Jardin des Tuileries. Désorientée aux confins de cette ville, trouvant peu à peu mon chemin. Une danse lente, toujours suspendue. Une fille, heurtée.

Et pourtant, à chaque fois que j’ai mis les pieds dans cette ville, avec ma valise cabossée et mon français scolaire, pour une séance photos ou pour un rendez-vous, j’ai toujours été sous le charme du romantisme et de la réinvention, et de toutes sortes d’illuminations.

J’ai séjourné dans des chambres d’amis, de minuscules hôtels obscurs, et occasionnellement dans des hôtels d’exception, ce qui n’a fait qu’alimenter le mélodrame qui se jouait en moi.

Quelques rituels à l’arrivée: un exemplaire de Vogue Paris et un espresso à la brasserie du coin, passer en revue les projections des cinémas locaux et les expositions (bien que je travaille et que je n’aurais pas le temps pour ça), et une promenade en fin de journée, ou une course, aussi loin que je puisse aller sans totalement me perdre (Google Maps m’a changé la vie). Appeler les quelques amis de longue date qui seront peut-être en ville. Et suivre la famille de la mode avec laquelle j'ai grandi et avec qui je continue de danser deux fois par an, parfois plus.

Je fais mes valises différemment quand je vais à Paris. J’emporte tous mes Chanel. Des lunettes noires plus grandes encore que celles d’Anouk Aimée. Trop de noir. Comme un étudiant en art en congé sabbatique, une incarnation pleine de croyance et d’espoir. Sortie d’un livre broché de Colette, d’un film Nouvelle Vague de Jean-Luc Godard. Maintenant que je suis complètement rattachée à la vie, au travail et à la famille à Londres, avec une illusion crédible d'enracinement d'adulte (les trajets à l’école, un studio et les cours de tennis), je me sens ironiquement attirée plus que jamais par Paris.

L’année dernière, j’ai amené ma fille et sa meilleure amie à Paris pour leur neuvième anniversaire. Un petit week-end de princesses (et de garçons manqués), du petit-déjeuner à la boulangerie, au musée Picasso en passant par le Jardin d’Acclimatation, et - il n’y a qu’à Paris qu’un parc pour enfants peut côtoyer de façon tout à fait civilisée un musée de renom international - la Fondation Louis Vuitton, qui a récemment présenté des œuvres extraordinaires de Basquiat et Egon Schiele. Les filles ont dessiné des roses géantes dans le style de Twombly dans leurs carnets de croquis, tout en savourant des chocolats chauds crémeux accompagnés de frites. Pour ensuite aller faire la roue autour de la Tour Eiffel. Paris est le plus beau des cadeaux.

Il y a toutes sortes de romances modernes, et je ne me souviens plus des conditions exactes du pari, du défi, ou de la promesse, mais il y a un an (ou cinq), ma meilleure amie et moi nous sommes jurées d'abandonner occasionnellement toutes nos responsabilités (petits amis, bébés, travail...) pour nous offrir un week-end à Paris, juste nous.

Leona, dont la musique (et le rire) composait la bande originale de mes vingt ans à New York, et avec qui, même si je vivais officiellement seule, j’ai vécu pendant cinq ans, est une fille de parole. Malgré un océan qui nous sépare et désormais un enfant dans chaque bras, elle court me rejoindre à Paris pour un long week-end de pure et simple rêverie, d'oubli (et de souvenirs).

Il n'y a personne qui me connaisse mieux. Sauf qu'elle s'attend toujours à ce que je coure dans la ville avant le petit-déjeuner, que je commande les croissants (et remette mes devoirs) avant 8h. J'ai changé. Moi, la fille qui ne dort jamais, il a fallu qu’elle me réveille pour que nous «ne perdions pas une minute». (C’était peut-être le Sancerre bu en fin de soirée, ou la caresse des draps immaculés du Bristol... Peut-être pourrais-je me détendre un peu...?).

Un samedi dans le Marais, par chance une brocante, enfiler des chemises de nuit vintage et se déguiser avec des accessoires par dessus un jean et une combinaison, contempler les appartements mansardés (et l’ameublement de rêve) tout en faisant des calculs fantaisistes devant les vitrines des agents immobilier.

 

Marcher où que nous allions, moi vêtue la plupart du temps d’une mini-robe d'été Chanel des années 80 aux imprimés Tour Eiffel. Parce que si je ne la porte pas maintenant, quand en aurais-je l’occasion ? Et peut-être finir à Thoumieux, une brasserie très prisée, ou au pittoresque Chez Julien, puis rentrer au Bar du Bristol car, pour une fois, personne ne nous attend.

 

Après une baignade du dimanche après-midi dans la mythique piscine de l’hôtel située sur le toit, l’horloge tourne, la réalité pique. Des conversations toujours inachevées, toujours sur une promesse de retrouvailles. Tout est à suivre. Le souvenir de ce genre de week-end entretient une longue amitié, une photo loufoque en noir et blanc prise dans un photomaton, épinglée sur mon tableau à la maison, où je pars à la renverse, maladroitement, hors du cadre.

Je suis trop habituée aux plannings des séances photos et aux merveilles du monde de la mode.

Ma vie professionnelle - et personnelle - est frénétique et imprévisible.

Pourrais-je voler deux jours pour m’enfuir à Paris et simplement errer, me reposer et lire?

Une expérience qui vaut le détour avec Le Bristol comme pied à terre - association parfaite de luxe urbain historique, alchimie de l'art et de la nature dans la cour du jardin privé, service empathique et imaginatif, avec l’éventualité attrayante de la décadence nocturne.

Je parle beaucoup de parenthèses pour me retrouver seule avec moi-même et d'aventures en solitaire, mais la réalité a été (joyeusement) éclipsée par les amis et la famille et les collaborations professionnelles qui se réinventent sans cesse. Le voyage de la tribu. Feuilles de route pour dix. Dîners pour vingt. Les nuits tardives et les appels à l'aube.

 

C’est ainsi que ma première nuit à Paris, à la brasserie 114 Faubourg du Bristol, me semblait un privilège rare et illicite. Munie uniquement d’un livre et d’un bloc-notes, pour donner l’apparence de n’attendre personne, plus que pour lire ou pour écrire.

La lumière dorée, un menu végétarien inattendu créé spécialement pour moi, et tout autour le bourdonnement apaisant des potins du vendredi soir après le travail. J'ai peut-être gribouillé sur une carte postale.

Je sais que j'ai mangé quelque chose d'extraordinaire avec des champignons et un morceau de baguette croustillante. J'ai bu du champagne, je n’en bois pourtant jamais. J'avais l'impression de célébrer quelque chose. Peu importe ce dont il s’agissait..

Peut-être simplement le calme et l'espace. Un soliloque privé sur la curiosité et l’indépendance et ce sentiment rare d’être entièrement présente au bon endroit et au bon moment.

Et cela a continué ainsi. Le concierge qui m’a procuré dans l’instant des billets pour une exposition d'art à guichets fermés, un ami sorti de nulle part qui m'a emmenée voir Ibeyi jouer devant son public au légendaire Olympia, et le soin visage Tata Harper qui s'est estompé lentement, le lendemain matin, après quelques longueurs et la vapeur du hammam.

 

La fille d’un ami, étudiant l’histoire de l’art pendant un trimestre à Paris, m’a rejoint pour un petit-déjeuner décadent que j’aurais certainement photographié (elle et la table dressée) si j’avais été dans l’humeur. Je ne l’étais pas. J’avais envie de m’étirer métaphoriquement. Faire la grêve. Ressentir, plutôt qu’enregistrer. Profiter de l’instant, pas d’Instagram.

 

Mon élégante suite d'angle, rehaussée de bleu et d'or, avec non pas un, mais quatre balcons, et les zigzag du soleil par une vague de chaleur inattendue, tissaient tout simplement l’étoffe des rêves. Une chambre à soi. Momentanément immobile, toujours en résidence - j'ai commandé le petit-déjeuner et les journaux depuis le lit, blottie dans un nuage d'oreillers, alors que la ville s'éveillait en bas. J'ai écrit mon histoire sur une carte postale, mais je ne peux pas traduire la magie. Pour surmonter la tempête, j’aurais toujours Paris.

 

LB

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